Face aux besoins grandissants de stationnement vélo sécurisé, les huches à pain et petites consignes individuelles se multiplient dans l'espace public. Répondent-elles à un vrai besoin et pour quels usages sont-elles pertinentes ? Quels sont leurs atouts et leurs limites ? Célia Corneil, consultante associée du bureau d'études Kandeel, et Orianne Vales, consultante mobilité chez Scet, livrent leur éclairage.
Publié le 1 avril 2025Si les huches à pain et les consignes individuelles vélo peuvent paraître séduisantes, leur pertinence dépend fortement du contexte d'implantation. "La première question à se poser est celle de l'usage : va-t-on attribuer les places individuellement ou les partager entre plusieurs utilisateurs ?", explique Orianne Vales. "Le fonctionnement sera très différent selon qu'on installe ces équipements dans l'espace public, dans une copropriété ou chez un bailleur." Une nuance importante, car les besoins et les contraintes de gestion ne seront pas les mêmes.
Ces équipements peuvent répondre à des besoins très spécifiques, comme l'illustre Célia Corneil à travers un cas concret qu'elle a accompagné : "J'ai conseillé cette solution pour une association qui occupait des locaux temporaires. Dans ce contexte, l'intérêt de la huche à pain résidait dans son aspect modulaire : elle pouvait être déplacée facilement selon l'évolution des besoins. C'était une bonne manière de mettre le pied à l'étrier sur le stationnement vélo qualitatif."
Les centres-villes historiques, où le bâti ancien ne permet pas d'intégrer du stationnement vélo, constituent un autre cas d'usage pertinent. "Dans une petite commune du Gard, nous avons proposé des huches à pain en version collective de 6 places, attribuées aux résidents proches", explique la consultante. Le cyclotourisme représente également une opportunité intéressante, les consignes individuelles permettant aux visiteurs de sécuriser leur vélo et leurs bagages pendant leur visite de la ville.
Cependant, ces solutions ne sont pas adaptées à tous les contextes. Les deux expertes déconseillent particulièrement leur utilisation en copropriété. "La gestion pose de nombreuses questions : à qui attribuer les places, selon quels critères, comment gérer les départs de locataires...", détaille Célia Corneil. "C'est aussi très limitant : en fixant un nombre restreint de places individuelles, on empêche le développement naturel de la pratique du vélo qui pourrait être encouragée par la présence de stationnement."
Pour l'espace public, la gestion nécessite une politique claire. Orianne Vales insiste : "Il faut une politique de gestion des accès, de vérification de l'état des vélos, de nettoyage et d'entretien." Au-delà de ces aspects organisationnels, elle pointe également des enjeux d'ergonomie et de praticité des équipements actuels.
Sur le plan technique, les deux expertes recommandent de privilégier la simplicité. "Pour les petites collectivités, il y a souvent le fantasme de la technologie qui résoudrait tout", observe Célia Corneil. "Mais les systèmes connectés avec gestion via une application et support technique posent la question des capacités de la collectivité à gérer ce back-office." Une solution simple comme un digicode peut souvent suffire.
Plusieurs modèles de gestion sont possibles, de la régie complète à la délégation totale. Orianne Vales suggère également des équipements autonomes énergétiquement, avec des fonctionnalités utiles comme l'éclairage à l'ouverture/fermeture ou des capteurs de présence.
Pour l'avenir, plusieurs axes d'amélioration se dessinent. "Il faut travailler sur la diversité des vélos accueillis", estime Orianne Vales. "Les équipements actuels ne sont pas adaptés aux vélos PMR, aux vélos cargos ou aux longtails."
Célia Corneil voit plus loin : "Les huches à pain sont souvent choisies par crainte de faire trop grand. À l'avenir, je pense que ceux qui optent aujourd'hui pour ces solutions iront vers des consignes sécurisées plus spacieuses, capables d'accueillir tous types de vélos et en plus grand nombre."
Pour les collectivités ou structures souhaitant installer ces équipements, les expertes insistent sur plusieurs points clés. "Il faut bien réfléchir aux usages pour s'assurer que la solution y répond vraiment, et anticiper la gestion que cela implique", résume Célia Corneil.
La question de la localisation est également cruciale. "Trop souvent, le choix se fait par défaut pour ne pas empiéter sur le stationnement automobile", regrette Orianne Vales. "Ces consignes collectives devraient au contraire être l'occasion de rééquilibrer le partage de l'espace public. Il faut oser les installer à proximité immédiate des entrées d'immeubles, comme on le fait pour les voitures."
Enfin, la visibilité dans l'espace public est essentielle. "Certains bénéficiaires, trouvant les huches à pain peu esthétiques, ont tendance à vouloir les dissimuler", observe Célia Corneil. "Mais cela pose des questions de sécurité. Il faut au contraire les rendre visibles dans l'espace public pour éviter d'en faire des cibles faciles pour le vandalisme."
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